ENSAE (ISE - Option Mathématiques) - Epreuve de Mathématiques I - 2019
1 Problème d'analyse
Dans toute la composition, R désigne l'ensemble des nombres réels. Soit d un entier égal à 1 ou 2. On note F(Rd, R) l'espace vectoriel des fonctions définie sur Rd à valeurs dans R, et Cd le sous-ensemble de F(Rd, R) formé des fonctions continues.
Le but du problème est de chercher les fonctions f∈C2 telles que :
∀(x, y)∈R2, ∀z∈Rf(x, y)=f(x+z, y+z),(T)
et
∀(x, y)∈R2, ∀z∈Rf(x, y)+f(y, z)=f(x, z),(A)
c'est-à-dire les fonctions continues invariantes par translation diagonale et additives au sens de (A).
Partie I - Étude de l'invariance par translation
1) Montrer que l'ensemble T2, constitué des fonctions f∈F(Rd, R) qui vérifient (T), forme un sous-espace vectoriel de F(Rd, R).
2) Soit f∈T2. Montrer que la fonction f vérifie
(x;y)∈R2,f(x, x)=f(y, y)
3) Montrer que si f∈T2, la fonction g∈F(Rd, R) définie par
g : R2⟶R(x, y)⟼{|f(x, y)|six<y|f(y, x)|six≥y
est encore invariante par translation diagonale, c'est-à-dire g∈T2.
4) Montrer que l'application
Φ : T2⟶F(R, R)f⟼h : R⟶Rz⟼f(0, z)
définit un morphisme d'espace vectoriel.
5) Calculer le noyau K et l'image I du morphisme Φ.
6) Montrer que le morphisme Φ induit un isomorphisme linéaire du quotient T2/K sur I.
Calculer l'inverse Ψ de cet isomorphisme. Dans la définition de Ψ, on pourra identifier la fonction f à son représentant dans T2/K sans perte de généralité.
7) Soit a un nombre réel. Montrer que l'application
Φa : T2⟶F(R, R)f⟼h : R⟶Rz⟼f(z, az)
définit un morphisme d'espace vectoriel quel que soit a∈R.
8) Lorsque a≠1, précisez si ce morphisme est injectif ou surjectif.
9) Montrer qu'il existe un réel a∗ tel que ImΦa∗ est l'ensemble des fonctions constantes.
10) Quel est le noyau de Φa∗ ?
Partie II - Étude de l'additivité.
11) Montrer que l'ensemble A2, constitué des fonctions f∈F(R2, R) qui vérifient (A), forme un sous-espace vectoriel de F(R2, R).
12) Soit f∈A2. Montrer que la fonction f vérifie
∀x∈R,f(x, x)=0
13) On suppose que f∈A2∩C2. Montrer que la suite
SN(f)=N∑n=1f(1n+1, 1n)
converge quand N→+∞. Calculer sa limite.
14) On suppose que f est positive, montrer que la fonction f est croissante par rapport à chacune de ces variables.
Partie III - Étude des fonctions continues vérifiant (T) et (A).
Soit f∈C2∩T2∩A2.
15) Montrer que pour tout n∈N∗, on a
f(0, 1n)=1nf(0, 1)
16) Montrer pour tout m∈N, pour tout n∈N∗, pour tout x∈R on a
f(x, x+mn)=mnf(0, 1)
17) Montrer que pour tout x∈R, on a f(0, x)=xf(0, 1).
18) Montrer que pour tout (x, y)∈R2, f(x, y)=(y−x)f(0, 1).
19) Montrer que pour toute fonction g∈C1 et pour toute fonction f∈C2∩T2∩A2, la suite suivante est convergente
SN(g, f)=N−1∑k=0g(kN)f(kN, k+1N)
20) Montrer que pour toute fonction g∈C1, on a
SN(g, f)→f(0, 1)∫10g(x)dx
quand N→+∞.
21) Pour toute fonction g dérivable telle que g′∈C1 on définit la quantité suivante pour tout x∈[0, 1]
DN(g)(x)=2N−1∑k=0(g((k+1)2−N)−g(k2−N))2NI[k2−N, (k+1)2−N[(x)
Montrer que la fonction DN(g) est bornée sur [0, 1] uniformément par rapport à NN∗.
22) Montrer que pour tout x∈[0, 1[, on a
DN(g)→g′(x)
23) Pour toute fonction g dérivable telle que g′∈C1 et pour toute fonction f∈C2∩T2∩A2 non-nulle, calculer la limite de
IN(g, f)=2N−1∑k=0g′(k2N)f(k2N, k+12N)/f(0, 1)
en fonction de f et g.
24) Montrer que pour tout NN∗ la quantité
RN(g, f)=∫10DN(g)(x)dx−IN(g, f)
converge vers 0 quand N→+∞.
2 Problème d'algèbre
L'objet du problème est l'étude des commutateurs de deux éléments dans les espaces vectoriels.
Les parties II et III sont indépendantes de la partie I.
Dans tout le problème, on considère un entier naturel n non nul et on note E le R-espace vectoriel Rn. On note 0E le vecteur nul de E et idE l'endomorphisme identité de E.
Soient f et g deux endomorphismes de E, avec la notation ∘ pour définir la composition, on pose
f0=idE, f1=1, f2=f∘f, f3=f∘f∘f, etc
et on définit [f, g] le commutateur de f et g par la quantité
[f, g]=f∘g−g∘f
Pour x=(x1,…, xn) un élément de E noté en ligne, on note xT sa transposée qui forme donc un vecteur colonne. Cette notation s'applique également à tout autre élément de E apparaissant dans la suite de l'énoncé. On note R[X] l'espace vectoriel des polynômes à coefficients réels et, pour tout entier naturel k, on note Rk[X] le sous-espace vectoriel formé par les éléments de R[X] qui sont de degré inférieur ou égal à k.
Si f est un endomorphisme de E et si
P(X)=n∑k=0akXk
avec P un élément de Rn[X], on rappelle qu'on note P(f) l'endomorphisme de E égal à
P(f)=n∑k=0akfk
Partie I
1) Soit une suite de réels a2k=2k pour k∈N et a2k+1=0. Calculer le rayon de convergence de la série entière définie pour z∈C par
+∞∑k=0akzk
2) Soit une suite de complexes ak=(i)k(k+i)k! pour k∈N. Calculer le rayon de convergence de la série entière définie pour z∈C par
+∞∑k=0akzk
3) Montrer que [f, g] est un endomorphisme de E.
4) Soit (ak)k∈N une série entière donnée sans coefficient nul. Pour tout k∈N on définit un polynôme Pk∈Rk[X] par
Pk(X)=akXk
Soit N∈N. Montrer que si [f, g]=0E, il existe une suite (bk, N)k∈N telle que
PN(f+g)=N∑k=0bkNPk(f)∘PN−k(g)
5) Dans le cas ak=1k! et [f, g]=0E. Montrer que bkN=1 pour tout k et pour tout N∈N.
6) Dans le cas ak=1k! et [f, g]≠0E.
P2(f+g)−2∑k=0Pk(f)∘P2−k(g)=12[g, f]
7) Montrer que FN=∑Nk=0Pk(f) converge quand N tend vers +∞ vers un endomorphisme.
Partie II
8) Soit x un élément non nul de E et y un élément de E. Montrer qu'il existe au moins une matrice réelle M0 de taille n×n tels que
M0xT=yT
9) Montrer que le choix de la matrice n'est pas unique si n≥2. C'est-à-dire qu'il existe au moins un élément z∈E avec z≠0E, et deux matrices réelles distinctes M et N de tailles n×n telles que
MzT=NzT
10) Soit f un endomorphisme de E. Montrer qu'il existe une matrice M de taille n×n telle que pour tout y∈E,
MyT=f(y)T
11) Montrer que la matrice construite à la question précédente est unique. Pour chaque endomorphisme f de E, on notera alors Mf la matrice associée par la construction précédente.
12) Montrer que l'application
Φ : {(Endomorphismes (E), +, ∘)⟶(Matrices réelles de taille n×n, +, ×)f⟼Φ(f)=Mf
est un morphisme d'anneau.
13) Soient f et g deux endomorphismes de E. Montrer que
Φ([f, g]) :=M[f, g]=Mf×Mg−Mg×Mf
Partie III
Pour f un endomorphisme de E, on note Cf l'ensemble des endomorphismes g de E tels que M[f, g] est la matrice identiquement nulle, c'est-à-dire
Cf :={g : E→E endomorphisme :Mf×Mg=Mg×Mf}
14) Pour f=idE, montrer que CidE est constitué de l'ensemble des matrices réelles de taille n×n.
15) Montrer que Cf est un sous-groupe additif des matrices réelles de taille n×n.
16) Montrer que Cf est un sous-anneau des matrices réelles de taille n×n.
17) Montrer que Cf est un sous-espace vectoriel des matrices réelles de taille n×n.
18) Soit D une matrice diagonale de taille 2×2 et d l'endomorphisme associé par la base canonique. Montrer que
d∈R.idE ⇒ Cd=M2,2
et
d∉R.idE ⇒ Cd={(abcd) : a,d∈R, b=c=0}
19) Soit f un endomorphisme dont la matrice Mf est diagonalisable, c'est-à-dire qu'il existe une matrice de passage R et une matrice diagonale D telles que
Mf=R−1DR
Montrer que si g∈Cf et Mg est diagonalisable, alors il existe une matrice de passage Q, une matrice diagonale Δ et une matrice diagonale ˜D telle que
Mg=Q−1ΔQetMf=Q−1˜DQ
20) Montrer qu'il existe une matrice S telle que ˜D=S−1DS.
Durée 4 heures
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